ATELIER MECENARTE

Arts graphiques

Le corps utopique, la conjuration du présent

Exposition - Rencontre

27 au 31 Octobre 2014 - Maison des Etudiants - Espace Richter - Rue Vendémiaire - MONTPELLIER - tramway, arrêt Port Marianne ou Rives du Lez.

Ces travaux illustrent deux conférences de Michel Foucault sur l’utopie, données sur Radio France en 1966, sous le nom “Le corps utopique et hétérotopies” - Le flyer

1. LE CORPS UTOPIQUE
Le Corps Utopique et hétérotopique est exploré par les photos de Bao Cao, les travaux de Lucette Felter et la présentation des gravures de Claude Garrache. Christian Felter intervient sur la construction du propos et la conception des vidéos. Exposé 1 - Exposé 2
Conférence de Michel Foucault

2. LES HETEROTOPIES
Les hétérotopies, illustrées par Lucette Felter, portent sur le loup du Mercantour et la montagne Tindaya. Cet espace public et utopique peut permettre la libre circulation dans l'imaginaire de Chillida.

   
Les travaux de Lucette Felter

Le projet réalisé du sculpteur à San Sébastian, les Peignes du Vent, illustre cette évidence : "les hétérotopies transforment et transcendent les lieux qu'elles investissent. Seul l'espace public - physique, littéraire et artistique - peut accompagner et accueillir les transformations utopiques".
La vidéo du projet de CHILLIDA, la montagne TINDAYA
Texte de M. Foucault par lui-même

3. LE CORPS OUTIL DE LA SYMBOLISATION ?
Quelle portée symbolique, quelle expérimentation ? Le corps est-il universel en cela qu’il est le terrain d’expérimentation commun de la vie des hommes ? Le corps de l’homme primitif et celui d’aujourd’hui sont égaux face à la douleur, la peur, etc.
Ils expérimentent les mêmes sensations, les mêmes complexités perceptives. Mais je ne reçois pas la maladie aujourd’hui comme avant la découverte des antibiotiques.

Même si mon propre corps est historique, il doit périodiquement renaitre

Cette renaissance est aussi la source de l’utopie du corps qui brave la mort.
Mon corps, mon être est-il éternel ? En témoignent les momies, les gisants, corps de la montagne, dont le projet Tindaya Chillida n’est pas sans rappeler leurs tombeaux. Le corps de la montagne est celui d'une tela, (arapède).

Le texte de Barthes s'intemporalise ainsi dans un culte rendu à la montagne qui consistait à manger des telas en regardant la montagne aux temps préhistoriques. S'identifier au corps éternel de la montagne, périodiquement renaitre en lui, par lui.
Il se temporalise aussi par sa chute : "nul pouvoir, un peu de savoir, un peu de sagesse et le maximum de saveur possible" et renvoi à notre actualité.

L’utopie du corps dans sa perfection plastique : mon corps peut-il être le terrain d’expression d’une perfection, dont les critères eux sont historiques (exemple de la geisha). Critères du beau prescrits à un instant donné (les grecs par exemple). Mon corps est aussi hétérotopie, et lieu de réalisation de ces utopies.

Corps universel et historique / corps éternel et corps vécu / corps utopique et hétérotopique : ces ambivalences sont bien connues et explorées par de nombreux philosophes et artistes depuis les années 50. Mon corps est aussi hétérotopie, en ce sens qu’il est potentiellement le lieu de réalisation de ces utopies.

L’expo aborde ces ambivalences bien connues et explorées par de nombreux philosophes et artistes : corps universel et historique / corps éternel et corps vécu / corps utopique et hétérotopique.
A cela s’ajoute une nouvelle dimension, plus contemporaine : corps spirituels et corps vécus versus corps décor et désincarnés.

Le corps effacé par son image, le corps bruyant outil d'oblitération de la symbolisation

Toute expérimentation « notable » est chosifiée, « fait l’objet » de…

Une photographie, une vidéo ? Figer l’instant, le lieu, réduire l’expérimentation d’un lieu ou d’un moment à une fraction de seconde et un « cadre » visuel restreint et choisis (j’occulte l’antenne relais de ma belle photo de paysage…).

Par cet acte, non seulement je distancie mon corps de l’expérimentation de l’instant et du lieu car je l’interromps pour la figer, mais je l’en distancie également dans la fabrication artificielle de son souvenir. Je sélectionne la réalité perçue, vécue, dans l’objectif de ne retenir que le meilleur.
Il est très possible que je ne me souviendrai alors que de cette réalité améliorée. Ce morceau de réalité choisie écraserait alors la réelle complexité perceptive du moment, d’autant plus que j’ai du l’interrompre et l’analyser (en choisissant mon cadre et mon moment).

- Les nouvelles capacités fixatrices du présent avec la généralisation du numérique et de la vidéo portent ce phénomène à l’excès -

Une tendance vouée à se développer à la faveur de l’individu, qui se met de plus en plus en scène dans ces décors de réalité choisie. Cela permis par une espèce de narcissisme décomplexé où le corps, au morceau et à l’angle choisis, est le personnage principal du film de sa propre existence.
Les « selfies » (photo prise par soit même), dont le mot fait étrangement penser a selfish (égoïsme en anglais) sont une belle illustration de ce phénomène. Et démontrent à quel point le corps mis en scène est distancié de sa propre expérimentation.

S’ajouter un phénomène nouveau sur le fait que toute expérimentation « notable » est chosifiée, « fait l’objet » également de « commentaires » et d’une exposition publique, sur facebook la plupart du temps

C’est un espace mobilisable à souhait, grâce aux smartphones et sur lequel la moindre expérimentation que l’on veut notable (exemple, un bon resto, un moment passé entre amis) doit être soigneusement enregistré (photo, vidéo), choisi (cadrage, selfies collectifs) embelli (sélection de la photo où nous sommes les plus mis en valeur), commenté (le mot d’autosatisfaction qui précise à quel point ce moment vécu (?) est bien), exposé (en un simple clic sur le net), et avalisé (par le public qui peut en appuyant sur un bouton liker (!) ce moment et envoyer d’autres commentaires admiratifs ou affectueux) .

C’est bien la nouvelle façon de conjurer l’éphémère de l’expérimentation du corps, une nouvelle façon de conjurer la mort donc ?

Mais en cela que le corps n’est plus dans l’expérimentation directe de son vécu, et dans toute la complexité perceptive qu’elle suppose… Il ne s’incarne plus.

En voulant conserver cette expérimentation, je la retranche dans sa fixation partielle, choisie et correspondant aux critères de sélection de l’instant t. Souvent dictés par d’autres et non par son propre corps. En voulant habiter ce morceau de réalité choisi, en s’y mettant en scène, en voulant finalement surpenser son corps, il ne s’incarne plus.

En conjurant la mort, ils conjurent aussi le présent et devient son propre fantôme. Et sur le plan émotionnel, quelles conséquences ?

Les corps décors les uns des autres ; Bien occupé à constater perpétuellement sa propre existence, il ne développerait plus ses capacités empathiques, il deviendrait alors son unique repère émotionnel. Cela ne mènerait-il pas à un état pervers ?

Le XIXème, le siècle de l’hystérie, manifestation d’une censure sociale profonde sur l’individu,

Le XXIème siècle, agissant par une autocensure si intégrée et automatique qu’elle n’est pas conscientisée. Chacun façonne sa vie pour qu’elle corresponde si bien au schéma prescrit...

Lequel ?

J’ai beaucoup d’amis, je fais des voyages, je suis investi dans une passion, mon travail est intéressant et me rapporte de l’argent, mais j’ai une vie trépidante en dehors, je suis très amoureuse et passionnée, je suis sensible mais je ne prend pas la tête aux autres avec des discours d’intellos stériles, les sujets compliqués je les tourne à la rigolade, je suis bien sous tout rapport, au boulot, à la maison, en soirée ou en vacances, si bien que je l’expose pour en persuader les autres et surtout moi même.

Ces corps désincarnés, fantomatiques, sont-il heureux ?

Ils ressemblent étrangement en tout cas aux individus décrits par Günther Anders dans son texte visionnaire.

4. LES VIDEOS ET AUDIO

- Une présentation du projet Tindaya, donnant à voir les esquisses du projet imaginé par Chillida.

- Une chorégraphie sur la renaissance du corps, qui fait écho à un texte de Barthes (voir ci dessous), et qui est le support de l’ambiance musicale de l’exposition (Flor d’Istanbul, reprise du glossienne de Satie par l’artiste Javier Ruibal). Cette chorégraphie a été photographiée par l’artiste Bao Cao. Ces photos seront également exposées en illustration du propos de Barthes.

- Le parcours de la montagne Tindaya dans les canaries, avec les sentences des textes de Lacan, lu par lui même, et développant la nécessité de revenir au corps comme moteur de toute spiritualité.

- Le texte de Rolland Barthes (conférence inaugurale de la chaire de sémiologie au collège de France en 73), dont le propos est également lu sur fond des images de la montagne Tindaya, qui lui développe l’idée que le corps est universel, et par ce fait renaît sans cesse (« mon corps est historique »)

- Les audio de Foucault sur les hétérotopies et l’utopie du corps

- Le Corps Utopique et hétérotopique est aussi illustré par la présentation des gravures de Claude Garrache.

- France Culture audio Michel Onfray - Résumé de l’audio.

- Extrait de l'obsolescence de l'homme de GUNTHER ANDERS « Le conditionnement collectif ».

- Hannah Arendt.

Nous contacter : Atelier Mecenarte - felter@wanadoo.fr - Tél. 06 60 55 07 15 - 3, rue des Teissiers – 34000 Montpellier / 47, avenue du Général de Gaulle - 06700 St Laurent du Var